Dans Bruxelles, ma belle, Réflexions

Depuis ce matin, toutes les quinze minutes environ, sur ma radio préférée, j’entends cette dame prononcer, avec une douceur certaine dans la voix, voire une certaine sensualité:

Classic 21 en direct du salon de l’auto

Nous voilà donc repartis pour une semaine (ou plus?) de matraquage médiatique en faveur d’un objet (car oui, la voiture est un objet) qui fait déjà partie du passé. Sauf que tout le monde ne l’a manifestement pas encore compris.

Marre des embouteillages

Ne le prends pas mal, cher automobiliste. Ceci n’est pas une attaque contre toi. Sache que je suis moi-même une ancienne adepte de cet objet motorisé. A tel point que je n’ai pas (encore) franchi le pas de totalement renoncer à ma voiture personnelle, malgré la multiplication des alternatives disponibles aujourd’hui pour celui qui a besoin d’un véhicule occasionnellement (je pense à Cambio, Zipcar, Zen Car, Ubeeqo et autres DriveNow). Ceux qui me connaissent bien te diront même qu’il fut un temps où je prenais ma voiture pour aller à des manifestations pour la défense du climat (j’ai un peu honte, aujourd’hui, mais j’assume). Bref, tu l’auras compris: je suis une repentie.

C’est il y a un an environ que j’ai eu un déclic. Mes motivations étaient au départ purement personnelles: les tunnels bruxellois fermaient les uns après les autres. Résultat: pour parcourir les 4 km qui me séparent de mon espace de coworking préféré, je mettais près de quarante minutes en voiture chaque jour. Quarante minutes, oui, tu as bien lu.

Alors un jour, je suis allée récupérer mon (vieux) vélo là où je l’avais laissé (n’ayant pas de garage chez moi). C’était le début du printemps. Il faisait beau. Les oiseaux chantaient et c’est en jupette que je roulais gaiment, les cheveux au vent, dépassant, chaque matin, le sourire aux lèvres, les files de voitures dans lesquelles j’étais moi-même coincée quelques semaines auparavant. Je me disais alors: “attendons de voir en hiver, si je continuerai à rouler, dans le froid et sous la pluie…”. J’étais moi-même loin d’être convaincue.

Mon vélo, ma drogue

salon de l'auto

Ma jolie sonnette.

Depuis, faire du vélo est devenu une drogue. Non seulement il est le symbole de ma liberté (jamais bloquée, jamais en panne), mais je ne peux absolument plus  m’en passer au quotidien. J’ai besoin de bouger, de pédaler. Qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige. Si bien qu’il y a quelques mois, j’ai investi dans un vélo (nettement) plus fiable acheté en seconde main. Je l’ai équipé de magnifiques sacoches, l’une pour les courses, l’autre pour mon ordinateur, et je lui ai même offert une jolie sonnette (oui, à l’instar de l’automobiliste, le cycliste entretient un rapport amoureux avec sa machine).

Avec le temps, mes motivations ont évolué. Je me suis rendu compte des autres bienfaits de la petite reine au quotidien: réduction du stress (oui, le vélo, c’est physique. Et un excellent exercice physique, même! J’ai donc annulé mon abonnement à la salle de sport, où je n’allais de toute façon jamais), amélioration du bien-être général, énergie retrouvée (quand tu arrives au travail le matin après 15 minutes de vélo, crois-moi, tu es au taquet!). Ah, dois-je préciser que j’ai retrouvé les cuisses de mes vingt ans? (Je ne te parle même pas des autres muscles mis à contribution.)

Pas taper

Ensuite, à force de pédaler au grand air, je me suis rendu compte aussi des bienfaits pour l’environnement.

salon de l'auto

Pas taper. Je viens en paix.

(Avertissement: c’est en général ici que les automobilistes se fâchent. Je te demanderai donc de ne pas taper. Loin de moi l’idée de vouloir te faire la morale et de vouloir te dire comment tu dois vivre. Je veux juste te parler de ma prise de conscience personnelle. Ceci n’est pas une guerre cyclistes contre automobilistes. Vivre et laisser vivre. Je te respecte si tu me respectes. Fin de l’avertissement. Merci.)

L’environnement, disions-nous. Il est un fait incontestable: la voiture, ça pollue. Cette pollution étant invisible (et culturellement acceptée), elle ne choque pas plus que ça. (Si la question t’intéresse, je te conseille de prendre une heure pour regarder cet excellent documentaire réalisé par Arte.) J’ai moi-même réellement pris conscience de la pollution des moteurs thermiques (les véhicules essence et diesel, donc) en roulant à vélo, en particulier pendant les pics de pollution (de plus en plus fréquents). Toi aussi, dans ta voiture, tu en as peut-être ressenti les effets (car sache que tu n’es pas à l’abri dans ton habitacle, bien au contraire, l’air ne circulant pas, à l’intérieur de ton véhicule). Chez moi, ça s’est traduit par une toux assez insupportable. Pendant des jours. Et ce malgré le morceau de tissu avec lequel je me protégeais la bouche en pédalant (car il se trouve que les particules fines sont (en partie) filtrées par le nez, mais pas du tout par la bouche. C’est direct dans tes poumons et le reste de ton organisme qu’elles finissent. De nouveau, si tu veux tout comprendre, regarde ce documentaire). Car qui dit “pollution” dit “problème de santé publique“.

Touche pas à mon Salon de l’auto

Voilà pour ma prise de conscience personnelle. Pourquoi je te parle de ça, aujourd’hui? Parce que je suis en colère. En colère que les mentalités évoluent si lentement. En colère que, plus d’un siècle (!!) après la première édition de ce salon, nos gouvernants, mais aussi nos médias (rappelle-toi: “Classic 21 en direct du Salon de l’auto”), soient toujours à la botte des constructeurs et autres lobbys. On a le Salon des vacances, la Foire du Livre, le Salon de l’alimentation, etc. Des salons axés sur les loisirs, donc, sur la détente. Et puis, on a le Salon de l’AUTO.

Les pouvoirs publics ont mis longtemps avant de prendre des mesures pour mettre en garde les gens contre les méfaits du tabac (longtemps niés, eux aussi). Aujourd’hui, il ne viendrait à l’esprit de personne d’allumer une cigarette dans un restaurant. Vont-ils mettre autant de temps à agir pour la voiture? (Idée: si on obligeait les constructeurs (à l’instar des fabricants de tabac, avec les avertissements obligatoires à apposer sur les paquets de cigarette) à faire en sorte que la fumée des gaz d’échappement soit colorée (en rose, par exemple, ou en noir, plus réaliste), ne serait-ce pas un moyen d’accélérer la prise de conscience, en rendant la pollution bel et bien visible?)

Oui, mais quelles alternatives?

Bien souvent, quand je parle de ceci à des amis, ils me répondent: “oui, mais tant qu’on n’aura pas de vraies alternatives, on ne pourra pas changer”. J’avoue mal connaître le réseau de la Stib ou de la SNCB. C’est parce que je tiens à mon indépendance que j’ai opté, d’emblée, pour le vélo. De nouveau, chacun fera bien ce qui lui plaira, mais entre les vélos classiques, les vélos pliables, les vélos électriques, les autres engins venus du futur (je pense à la mono-roue, par exemple) et autres inventions récentes, les alternatives commencent bel et bien à arriver. Et pour le reste, je suis convaincue que la ville s’adaptera lorsque la demande sera effectivement là.

Je ne perds pas espoir

Les initiatives citoyennes et associatives sont par ailleurs de plus en plus nombreuses (je pense notamment au Gracq, à Bruxsel’Air, et à bien d’autres). Je me réjouis aussi de lire de plus en plus d’articles dans les médias qui traitent de la question de la pollution et du lien direct entre pollution automobile et santé publique. Des enquêtes, aussi, qui sont menées depuis le scandale Volkswagen et consorts.

Quant aux cyclistes, chaque matin, je constate avec joie que nous sommes de plus en plus nombreux. Et que, par conséquent, les pouvoirs publics n’auront d’autre choix que de nous faire la place à laquelle nous avons droit dans l’espace urbain. Le mouvement est bel et bien en marche – pour preuve: Bruxelles accueillera son premier Salon… du vélo, en septembre prochain.

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2 commentaires affichés
  • jean louis
    Répondre

    Bienvu Katia
    super post, je partage pleinement ton courroux ! il y a des alternatives personnelles, il y a des voitures électriques absolument abordables en deuxième main mais les gens restent scotchés avec des images de pub dans la tête qui les empêchent de penser rationnellement. ils n ont pas le temps ni l envie de se remettre en question …
    pour l electrique deux roues , une roue ou 4 roues c est magique et ça ne sème pas le cancer derrière soit ….

    • Katia
      Répondre

      Merci! Je suis d’accord avec toi: le changement doit venir du citoyen. (Et vive le vélo! 😉 )

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